I.Les mécanismes de la peur

A. Comment fonctionne cette émotion ?

 

Comment fonctionne la peur ?

La peur est une réaction en chaîne qui se déroule essentiellement dans le cerveau.

Tout d'abord, l'amygdale est une partie du cerveau qui doit son nom à sa forme qui rappelle celle d'une amande. Comme pour la plupart des structures de notre cerveau, nous possédons deux amygdales. Elles sont situées tout près de l'hippocampe, dans la partie frontale du lobe temporal (voir schéma ci-dessous).

L'amygdale est essentielle à notre capacité de ressentir des émotions, mais aussi de percevoir chez autrui certaines d'entre elles. C'est le cas de la peur et de toutes les modifications corporelles qu'elle entraîne.

Par exemple, si vous êtes suivis dans la nuit par un individu à l'allure louche et que vous sentez votre cœur palpiter, il est fort probable que votre amygdale soit très active !

L'amygdale est une structure cérébrale essentielle au décodage des émotions et en particulier des stimulus menaçant pour l'organisme. En effet, l'évolution a regroupé plusieurs circuits du système d'alarme de notre organisme dans l'amygdale. Par conséquent, plusieurs impulsions sensorielles convergent vers l'amygdale pour l'informer des dangers potentiels de son environnement. Cette information sensorielle lui parvient soit directement du thalamus sensoriel, soit des différents cortex sensoriels. L'amygdale nous permet donc de réagir presque instantanément à la présence d'un danger. Tellement rapidement que c'est seulement après avoir sursauté que l'on comprend souvent ce qui nous a effrayé.

Comment cela est-ce possible ?

 

 

Tout doit bien sûr commencer par une stimulation sensorielle quelconque comme la vue d'une forme étrange ou un son menaçant. Celle-ci fait d'abord escale dans le thalamus, passage obligé de tous les messages captés par les sens. Elle est ensuite transmise au cortex sensoriel approprié (visuel, auditif, etc) où elle est évaluée et acquiert une signification. Si cette signification est menaçante, l'amygdale en est alors avisée et produit les réponses émotionnelles appropriées. Or, ce qu'on a découvert beaucoup plus récemment, c'est qu'une partie du message reçu par le thalamus est transférée directement à l'amygdale, sans même passer par le cortex ! C'est cette seconde route, beaucoup plus courte, donc beaucoup plus rapide, qui explique la rapidité de notre système d'alarme naturel.

route longue/route courte

                                                                  Les  différents "circuits" de la peur

 

L'amygdale reçoit aussi de nombreuses connexions de l'hippocampe. Celui-ci étant impliqué dans le stockage et la remémoration de souvenirs explicites, ses connections à l'amygdale peuvent être à l'origine d'une émotion déclenchée par un souvenir particulier.

Le cortex préfrontal serait également impliqué dans la dernière phase de la confrontation à un danger, celle où après la réaction émotive automatique initiale, nous devons réagir et choisir l'action la plus efficace pour se soustraire au danger. D'ailleurs, chez les personnes au cortex frontal endommagé (le " syndrome frontal "), la planification de la moindre tâche est très difficile, voire impossible.

 

La planification volontaire d'une réponse émotionnelle adaptée à la situation que permet nos structures mentales supérieures est donc un merveilleux complément à notre système de réponses rapides et automatiques.

B.Les différentes réactions

Les différentes réactions de la peur...

  Après que l'organisme ait perçu le danger (toujours réel ou supposé), par le biais des deux circuits de la peur, vus dans la partie A, un grand nombre d'acteurs vont avoir un rôle à jouer dans la prise en charge de ce danger, dans le but que l'individu réagisse le mieux possible pour sa propre sécurité.  Ce qu'on appelle la peur va donc se manifester en réaction chimique pouvant atteindre l'organisme sur le point physique.

 A l'échelle moléculaire : L'adrénaline est sécrétée dans le sang par la glande surrénale, et plus précisément par la partie centrale de la glande surrénale, appelée "médullosurrénale", elle-même stimulée par le système nerveux sympathique.

Une autre hormone, la noradrénaline est elle aussi sécrétée par la médullosurrénale. L'adrénaline et la noradrénaline sont toutes les deux des neuromédiateurs appartenant au groupe des cathécholamines. L'adrénaline est la forme méthylée de la noradrénaline. Autrement dit la noradrénaline est de l'adrénaline sans groupement méthyle.

 Ces deux neurotransmetteurs sont assez proches et agissent ensemble dans la réaction de la peur sur l'organisme. Nous ne différencierons pas les effets propres à chacunes de ces molécules mais insisterons davantage sur les réactions de l'organisme lors de leur sécrétion.

Ces productions d'hormones adrénergiques entrainent ensuite une augmentation du taux de glucose sanguin, qui se répand ensuite dans tout l'organisme.

Les molécules ont aussi une action sur des cellules cibles : l'adrénaline se fixe sur les récepteurs cellulaires alphas et bétas adrénergiques.

 

 

 

Mole2

 

 

Mole 4

 

 

De nombreuses conséquences ont lieu enfin dans tout l'organisme. On observe notamment des modifications :

- cardiaques : avec une tachicardie (augmentation de la fréquence cardiaque).

- vasculaires : avec une augmentation de la pression artérielle et une dilatation des vaisseaux sanguins.

- pulmonaires : dilatation des bronches.

- digestives : la digestion est ralentie.

Tous ces effets sont utiles à l'individu en situation de danger. En effet, l'énergie (due à l'augmentation du taux de glucose dans le sang) est mobilisée plus rapidement et l'individu est prêt à réagir, dans le but de fuir ou de combattre : ainsi, les organes cibles, autrement dit les organes qui ont un rôle à jouer dans la combat du danger (coeur, cerveau, muscles), sont mieux oxygénés, le corps reste en état d'alerte, avec une augmentation de la vigilance. Tout dans l'organisme a donc pour but de protéger et de sauver l'individu de la situation dangereuse.

On note également d'autres effets communs de la peur qui sont des conséquences des modifications organiques vues ci-dessus, tels que : une transpiration excessive, des tremblements, des difficultés à déglutir, une paralysie, des douleurs abdominales...

 

 

Cas particulier : une personne sans peur et sans amygdale

Une personne de 44 ans (appelée par anonymat SM) a été longuement étudiée : elle n'a peur de rien, ni des serpents, ni des araignées, ni des films d'horreur. Elle ne voit pas non plus la peur dans les visages des autres, ses yeux n'examinent pas le visage et les signes d'émotion comme habituellement. 

Cassandra Willyard (2010) rapporte dans Science now qu'on a trouvé la raison : deux trous noirs là où devrait être son amygdale, suite à une rare maladie génétique (Urbach-Wiethe).


 

 La comparaison d'un scan d'il y a 10 ans (B) et actuel (A) montre la disparition ciblée de l'amygdale.

 
Cette personne ne réagit pas à de nombreux stimuli qui causent normalement la peur. Comme le montre la figure 4, ses réactions émotionnelles sont à peu près normales dans tous les cas sauf une absence de réaction de peur. Ils ont même essayé Shining et le silence des agneaux  sans qu'elle réagisse ! 
 

Emotions SM comparee

       Réactions émotionnelles de la personne atteinte de la maladie d'Urbach-Wiethe (SM) 
 

Ce cas particulier renforce la thèse que les émotions sont le résultat de l'interaction de tous les neurones dans diverses parties de l'encéphale et que l'amygdale y joue un rôle crucial.

 

 

 

 

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